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Philippe Delerm et le minimalisme positif

Philippe Delerm et le minimalisme positif,
Monaco, Éditions du Rocher, janvier 2005.


En deux mots

Une promenade à travers les romans et les nouvelles de l’auteur de la célèbre Première Gorgée de bière... Le quotidien, l’enfance, le bonheur, les sensations, l’impressionnisme, les dessins de Folon, la Normandie… : autant de bulles d’écriture où je me fais un plaisir majuscule de vous inviter – en terminant par une parodie personnelle intitulée «Les frites à la pomme de terre» !

Quatrième de couverture

Cet essai s’attache à cerner, au fil d’une analyse aussi fine qu’argumentée, les traits caractéristiques de l’œuvre de Philippe Delerm, auteur dont le succès ne se dément pas depuis la publication de La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (Gallimard, 1997).

Cette œuvre se fonde sur un nouvel art de vivre - et d’écrire -, articulé autour du quotidien, dont on peut repérer l’éclosion, en littérature, dans le courant des années 80 ; à cette époque, plusieurs auteurs, sans se connaître les uns les autres, ont entrepris presque simultanément des écritures nouvelles qui, malgré leur indépendance, se retrouvent aujourd’hui, avec le recul de l’exégèse, dans une sensibilité commune. C’est ainsi que l’on rencontre, à la croisée de cette «mouvance» littéraire révélée par le succès de Philippe Delerm, Christian Bobin, Colette Nys-Mazure, ou encore, Eric Holder et Jean Libis : chacun, à sa manière, se nourrit d’un quotidien dont l’écriture ne cesse d’interroger la validité d’une frontière entre le réel et la fiction.

Chemin faisant, Rémi Bertrand dégage une certaine parenté qui unit ces œuvres d’inspirations pourtant diverses, et montre comment, par le pouvoir des mots, ces auteurs entreprennent de déployer le réel, révélant l’intensité de chaque instant vécu, dont ils dévoilent des significations nouvelles. Le «minimalisme positif» désigne cette fragmentation du réel et ce que celle-ci implique : une manière spécifique d’être au monde, consacrant le présent comme temps unique et le quotidien comme seul espace d’accomplissement possible.

De La Cinquième Saison (1983) à Enregistrements pirates (2003), écriture, éthique et esthétique sont successivement approfondies afin d’éclairer au mieux les processus d’approche du quotidien mis en œuvre par Philippe Delerm et, conjointement, de discerner les contours du minimalisme positif.

Un avant-goût…

« Le bonheur, bien qu’il soit habituellement considéré comme une obsession intime, demeure en vérité une affaire publique : c’est le premier souci collectif de l’humanité. Déjà Pascal soutenait que tous les hommes veulent être heureux, même jusqu’à celui qui va se pendre. Non seulement la recherche du bien-être est universelle, mais en outre elle est permanente: elle est la visée constante de tout acte posé par l’homme. Delerm, Bobin, et Nys-Mazure ont repris à l’aristotélisme cette conception de la vie: le bonheur est ce vers quoi tend explicitement leur quête et leur écriture.

Si Delerm préfère laisser à d’autres la mission de soigner les plaies du monde, il ne range pourtant pas son comportement dans les exemples de couardise; être absent à l’altérité ne signifie évidemment pas faillir à soi-même. Ses personnages limitent leur champ d’action à l’intérieur des frontières de leur royaume. Le sujet minimaliste se détourne de ses frères lointains pour se consacrer à un entretien combien plus crucial à ses yeux: le sien – puisque même l’altérité restreinte qu’il se réserve est vouée à enrichir son ego. Il s’était autodéclaré Roi du Réel – du moins de ce morceau du Réel qu’il maîtrise ; il doit désormais se montrer à la hauteur de ses ambitions et gouverner l’unique citoyen de son pays : lui-même. «Être à soi-même une présence amie », comme l’écrit Anne Philippe, voilà, pour l’actant delermien, tout un programme politique; à lui désormais de prendre en charge sa propre responsabilité:

Tu me tutoies, Larsson, par-delà le silence. Ton livre s’appelait Du côté du soleil. Au fond de moi, je l’ai nommé Courage du bonheur. Je suis devant tes pages et dans ta maison de Sundborn. Ta chanson douce est venue jusqu’à moi, par-delà tout un siècle de violence qui n’existe pas. (Le Bonheur : Tableaux et bavardages)

De même qu’il faut arborer un courage évident pour affronter les désastres de la planète, il existe, selon les minimalistes positifs, un certain «héroïsme» du quotidien: voisins fortunés de millions de mourants, ceux-ci allèguent que, dans ces circonstances, la capture de la félicité personnelle relève d’une intrépidité sans précédent.

[…]Si donc la guerre et la misère constituent la réalité journalière de millions d’individus, Delerm estime que cela ne doit pas entraver son bonheur personnel – au contraire y verra-t-il l’obligation d’être heureux. La guerre est quotidienne; le bonheur aussi – et c’est la seule promesse possible d’un monde sans conflits. »


« C’était toujours un plaisir d’apprendre que les parents étaient invités à souper chez des amis. Cela signifiait pour mes frères et moi que nous serions sagement transposés chez Mamy, comme trois petits paquets que l’on dépose avec trop de componction affectée et que l’on reviendra chercher plus tard, après les festivités. L’annonce avait déjà son rituel feint. Nos moues désapprobatrices n’étaient qu’un simulacre pour enfoncer un peu plus le clou du remords dans la gorge parentale. Comment osez-vous vous amuser pendant que nous sommes relégués chez des êtres en décrépitude dont les plaisanteries éculées nous forcent à des sourires à la probité absente? La soirée commençait pour les parents avec un air de pardon improbable, tandis que nous, en réalité, nous réjouissions déjà à l’idée de souper chez Mamy.

Chez Mamy! C’était d’abord l’odeur du beurre fondu sur les plaques de gaz qu’il avait fallu allumer avec un petit appareil qui intriguait nos yeux innocents. Puis l’arôme des tomates fraîchement coupées mêlé à celui du persil que par ailleurs nous ne mangerions que par politesse. Et au-dessus de tout ça, comme un prodrome du mets que nous attendions tous en silence : plus qu’une odeur, une atmosphère de friture délicieuse.»(extrait de «Les frites à la pomme de terre», dans Philippe Delerm et le minimalisme positif)

Extraits de presse

«[...] un essai savoureux et passionnant [...]»
(Sylvie Charier, Pleine Vie, novembre 2008)

«Un essai foisonnant et intelligent sur la capacité à savourer le présent chez l’auteur de La première gorgée de bière...»
(Pascale Senk, Psychologies, juillet-août 2005)

«Petits riens, pas grand-chose, instants fugaces, sensations et nostalgies minuscules, le "minimalisme positif", dont Rémi Bertrand se fait l’analyste subtil, voire le théoricien, témoigne pourtant d’une réelle lecture du monde et de la société. Delerm, un Kerouac à l’usage de la "bobo génération" ?»
(Le Progrès, 3 mars 2005)

«C’est à ce don d’extraire la quintessence des choses, la poésie des petits riens du quotidien, que tient le charme de l’œuvre de Philippe Delerm : c’est, depuis une vingtaine d’années, le fruit nouveau de la littérature. Rémi Bertrand y consacre un essai convaincant.»
(La Manche Libre, 6 février 2005)

«Depuis la parution de La première gorgée de bière... (1997), peut-on considérer qu’il y a une nouvelle manière d’écrire ? Peut-être une façon de vivre à partir du quotidien pas du tout insignifiant ; une étude fouillée de cette "littérature du banal"
(La Voix du Nord, 4 février 2005)

«Dans cet ouvrage, le romaniste Rémi Bertrand précise combien cet homme, aujourd’hui âgé de 54 ans, peut être d’ores et déjà considéré comme un des éminents représentants d’une mouvance littéraire informelle appelée le "minimalisme positif". A savoir un nouvel art d’écrire, articulé autour des brides du quotidien.»
(P.N., Télémoustique, 26 janvier 2005)

«Un ouvrage en forme de petit voyage en Delermie [...], qui va de la Sagesse au Désenchantement, sans oublier l’évocation des "Moins-que-rien", pour reprendre cette formule sous laquelle Bertrand Visage avait jadis rassemblé notre écrivain et quelques autres compères.»
(Didier Pobel, Dauphiné Libéré, 17 janvier 2005)