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La Mandarine blanche

La Mandarine blanche,
Monaco, Éditions du Rocher, octobre 2005


En deux mots

Un court-roman construit comme un puzzle dont les pièces s’assemblent au fil de la lecture. Jonathan, Bipbip, Lavie, la fée Mandarine… se croisent dans les couloirs et l’ascenseur d’un hôpital. Un conte moderne sur l’«euthanavie », que je vous invite à dévorer comme un bon fruit – entre deux étages.

Quatrième de couverture

« L’odeur est dans la pièce. La fée Mandarine est tout près de moi. Il faudrait que je la convainque. Le temps qui passe l’indiffère; il m’étouffe: chaque seconde est une souffrance. Elle m’exaucera un jour. On ne parlera plus de moi. Je ne sentirai plus ce parfum de fruit exotique qu’elle continuera à porter à d’autres que moi. Je n’existerai plus. On dira Il est mort. J’entrerai dans la lumière, ou le parcours s’arrêtera là. J’espère au moins que si l’Éternité existe, elle n’a pas les mêmes fadeurs et l’ennui que celle que les hommes m’infligent depuis je ne sais combien de jours, de semaines, ou de mois qu’en sais-je? Depuis le jour de mon anniversaire. Et l’accident. Le plafond sous mon ventre, contre toutes les lois de la pesanteur.»

(Autre) avant-goût…

« - Bonjour fiston, moi c’est Robert le toubib. On m’appelle Bipbip.

Il a surgi de la droite, presque dans mon dos. J’ai sursauté: je n’avais pas vu la porte juste à côté des trois sièges. Les deux battants du fond avaient tout pris pour eux; j’avais oublié de regarder les autres. Et voilà. Robert le toubib avait jailli du néant comme par miracle. C’était peut-être un coup des monstres, je devais me méfier.

- Ta maman a eu un petit malaise, qu’il a dit, mais on l’a remise sur pieds, c’était juste à cause du sucre, elle en avait plus assez, tu aimes bien le sucre? Oui, à ton âge, c’est ce qu’il y a de meilleur, le sucre, allez viens, je vais te ramener près de ta maman, on va prendre l’ascenseur, tu as déjà pris l’ascenseur?

Ses petites lunettes rondes juraient avec son nez de phacochère. Il était barbu jusqu’au bas du cou et ça continuait dans la chemise; il manquait d’hygiène Bipbip et il prétendait soigner les autres. Il avait parlé d’une seule phrase, parce qu’il semblait avoir plus de poumons qu’autrui alors il pouvait se permettre de moins respirer, ce qui ne l’empêchait pas de vivre autant que nous. Je n’ai pas répondu à sa question parce que je la trouvais déplacée et vraiment incongrue; si quelqu’un affirmait n’avoir jamais pris l’ascenseur, c’est qu’il ignorait que cette boîte à humains qui monte et qui descend se nomme ascenseur, un point c’est toubib. Je redoublai de prudence face à de tels propos. Mon silence avait des lames de faucheuse.» (La Mandarine blanche, p 17-18)


« Lavie était un long fauve tranquille. Tranquille, parce qu’un peu jobard, obtus; inoffensif finalement. Long fauve, parce que roux et gigantesque. Et Lavie, parce que c’était son nom.

- Je suis Lavie, qu’il m’avait dit sans me tendre la main, déjà méfiant.

Et effectivement, il en débordait. Un mètre quatre-vingts sur au moins la même chose en circonférence. Une grosse boule. De la chair partout, comme tout le monde, mais un peu plus. Il n’en souffrait pas; le seul inconvénient que lui posait son excédent de poids était la lenteur de son pas. On lui avait pourtant collé à la peau une réputation de marcheur invétéré; mais en fin de compte, il n’engrangeait pas les kilomètres. Néanmoins, mieux valait ne pas le rencontrer dans son va-et-vient incessant; une perte d’équilibre était si vite arrivée... Mais je n’avais pas le choix: Lavie était mon nouveau chef de service. Disons plutôt que j’étais, depuis une demi-heure, son nouveau subalterne, en dépit d’Avogadro et des molécules biatomiques.

- Qu’est-ce que c’est ? m’a tout de suite demandé l’obèse, dégoulinant de sueur.

- Quoi ?

- Là.

Il a jeté sur mon cœur un regard de chien prêt à mordre. J’ai baissé le menton, anxieux de ce que j’allais découvrir; je n’ai vu que le petit carton nominatif que le directeur m’avait fourni à l’aube avec mon bleu de travail.

- Ton nom, c’est pour le balai, pour pouvoir le retrouver, a dit Lavie. Toi, t’en n’as pas besoin; à moins que tu ne ranges ton corps dans le placard et que tu ne rentres chez toi qu’avec ta tête?» (La Mandarine blanche, p. 41-42)

Extraits de presse

« […] Délicate, légère, poétique et drôle, l’écriture de Rémi Bertrand joue, entre vie et mort, avec des questions cruciales. Cela donne un texte qu’on lit et relit, parfumé à la mandarine, plein de vie souriante entre deux morts qui ne laissent pas le temps de pleurer […]»
(Vincent Engel, www.vincent-engel.com, 7 février 2006).

« La Mandarine blanche est le titre d’un court roman, parmi les plus originaux qu’il me soit donné de lire ces temps-ci !»
(Jacques Mercier, La Libre Belgique, rubrique«Monsieur Dico », 5 janvier 2006)

« Un enfant découvre le monde blanc de l’hôpital, les vérités à demi-mot, les odeurs étranges, les ruses que les grands déploient pour apprivoiser la douleur. [...] Un texte poétique et subtil autour de la mort, sans tabou ni pathos.»
(Thierry Detienne, Imagine, janvier 2006)

« COUP DE COEUR !» (Patrick Poivre d’Arvor, Place aux Livres, LCI, samedi 17 décembre 2005)

« C’est un livre que je ne peux que vous conseiller de lire... […] Totalement inclassable !»
(Daniel Barbieux, VivaCité-Charleroi, 14 décembre 2005 : longue interview avec, notamment, le passage de ma chanson«Avec des radis, SVP ! »)
En écoute ici!

« Rémi Bertrand [...] fait des débuts prometteurs dans le domaine de la fiction, avec ce livre qui se situe entre roman, conte et fable. [...] »
(J-P. Longre, www.sitartmag.com, décembre 2005)

« Une écriture très dense, heurtée et à tiroirs mais qui emporte tant dans ses méandres imaginatifs (et) émotifs que dans sa complexité. [...] Un roman que l’on pourrait qualifier de fantastique ? »
(Denis Leduc, Antipode, 21 novembre 2005)

« Soit 74 pages pour évoquer un sujet froid mais d’une brûlante actualité : l’euthanasie. Avec l’œil faussement naïf d’un enfant qui s’invente des fées dans un monde où ce sont les adultes qui veulent nous faire marcher à la baguette. A découvrir, pour apprendre à vivre.»
(Keskispas, novembre 2005)

« Un court roman. De brèves notations, assez obscures, du moins au début, avant que… Une allégorie qui prend des airs de science-fiction. Un conte de fées qui aurait mal tourné, où le Petit Poucet se retrouverait aux soins palliatifs. »
(Joseph Bodson, Reflets, novembre-décembre 2005)